- Michael Jackson (R.I.P.) - Thriller 25Th Anniversary Edition
Thriller a 25 ans. Pour fêter l'anniversaire d'un des albums marquants du Xxe siècle, Michael Jackson a préparé un cadeau pour tous ses fans : une réédition exclusive avec des remixes, une chanson totalement inédite, un DVD de clips remasterisés et un livret de photos. Thriller est indéniablement le chef d'oeuvre de tous les records (109 millions d'albums vendus à travers le monde, 8 Grammy Awards, etc.), à tel point qu'il en est impossible de l'adjectiver le long d'une chronique, il faudrait en écrire un roman. On dira succinctement que cet ultime classique demeure et demeurera à jamais historique dans le commun des mortels, comme l'un des meilleurs albums de tous les temps, qui fait que Michael Jackson a rejoint les sommets rarement atteints, au-dessus de celui des légendes, celui des demi-dieux de la Musique.
Au-delà de la (re)découverte des neufs chansons mythiques que composent Thriller et de ses chorégraphies incroyables dans ses clips vidéos, le principal intérêt de cette édition 25e anniversaire était de mettre l'oreille sur ces fameux remixes. Nous ne ferons pas de commentaires sur le morceau inédit « For All Time », la balade romantique n'ayant été retenue dans le tracklisting final de Thriller lors de son édition fin 82, car il n'est pas facile de porter un jugement sans tenir compte du contexte de l'enregistrement à l'époque, d'imaginer le Thriller original avec un titre en plus. Reste que nous faire part d'une telle rareté, scellée depuis un quart de siècle dans sa 'chambre forte', reste une belle surprise. Maintenant place au décorticage des remixes réalisés par Will.I.Am, Akon et Kanye West, non sans interrogations. Pourquoi a-t-il choisi ces producteurs-là ? Plus agaçant comme question, pourquoi a-t-il osé retoucher l'intouchable ? Réponse : nous ne sommes pas dans la tête de Jacko pour le savoir, et puis il est le propriétaire de ses ½uvres donc... Passons alors en revue les cinq titres en question.
« The Girl Is Mine (2008 Remix) » : bye bye Paul McCartney, bonjour Will.I.Am pour une chanson toute neuve. Oui car il ne reste plus rien de l'original, si ce n'est les paroles de la chanson : l'instrumental signé Will.I.Am donne un sérieux coup de jeune, hélas en manquant ce style d'avant-garde qui a coutume de faire la marque de fabrique de Michael Jackson. Mais pas que ça : il n'y a plus ce jeu de rôle entre Paul et Michael comme sur la chanson originale, Will.I.Am pose un couplet dans le genre qu'il a l'habitude de faire. Ouch. Toutefois, l'instru est frais avec ses envolées de synthés assez sympas à écouter, plus "dancefloor" (contrastant avec le côté bucolique et simple de la version d'origine). C'est plutôt bon signe d'entendre Michael Jackson rechanter le morceau, même s'il manque quelque chose...
« P.Y.T. (Pretty Young Thing) (2008 Remix) » : idem que « The Girl Is Mine » au niveau du traitement infligé par Will.I.Am, c'est-à-dire on refait peau neuve (...). La vibe funky de l'original est remplacée par un son hybride entre le R&B contemporain et l'électro, avec un côté planant pour le refrain. L'interprétation de Michael sur ce remix est absolument différente de la version classique en étant loin d'être exceptionnelle comme autrefois. Pas simple d'éviter la comparaison.
« Wanna Be Startin' Somethin' 2008 » : Décidement, après Gwen Stefani, Akon confirme son omniprésence jusqu'à cet ultime collaboration. Qu'on se rassure, sa performance est honorable, mais sa présence sur le titre est encombrante, ou alors c'est que Michael s'est volontairement effacé en ne chantant que brièvement le 2e couplet seulement. Concernant l'instrumental, la transformation est moins choquante dans la mesure où il s'agit d'une actualisation (ou de rénovation), avec la même rythmique. Finalement, le chanteur sénégalais s'en sort pas trop mal en reprenant (à outrance) le célèbre « Soul Makossa », c'est bien mais c'est Manu Dibango qui risque de criser encore.
« Beat It (2008 mix) » : sûrement le morceau qui se rapproche le plus de l'original sur tous les points, juste que le mix est différent, les instruments (rejoués pour certains) placés à d'autres moments (sauf le solo de guitare électrique) et que le tempo a un peu diminué. Après, Fergie se donne du mal à tenir la mesure à Mijac, cette fois dans son interprétation initiale. C'est dire le grand canyon qui sépare les deux artistes.
« Billie Jean (2008 mix) » : même topo, le mix a été revu cette fois par Kanye West. L'enregistrement des prises de chants a été gardé, sauf que le morceau débute par le refrain avant d'enchaîner le premier couplet. Autres changements notables : les violons ont été rejoués pour l'intro de la chanson et la ligne de basse (élément majeur de cette chanson mythique) a complètement disparu ! Le kit de batterie de Kanye est similaire à celui de « Stronger » et le rappeur rajoute un « han, han, yeah, yeah » qui gâche la fin.
Pour autant, ceci n'enlève en rien son génie et son côté visionnaire. Et pour tous ceux qui pensent encore que Mijac « ne fait que choisir les producteurs à la mode », ces gens-là connaissent manifestement mal sa discographie, car c'est ce qu'il a toujours fait : Quincy Jones pour Off The Wall, Thriller et Bad, Teddy Riley pour Dangerous, Terry Jam & Jerry Lewis et R Kelly (entre autre) sur HIStory, et enfin Rodney Jerkins, Santana sur Invincible. Sans compter la sollicitation poliment refusée par Dr Dre et la production de Justified qui aurait été légué à Justin Timberlake (information à prendre au conditionnel).
Il est évident qu'il est impossible d'égaler les morceaux originaux, c'est inconcevable, et encore moins de faire légèrement mieux. Malgré cela, l'achat de cet album est conseillé pour tous ceux qui souhaitent 'rénover' sa discographie et s'approvisionnent de tout ce qui est exclusif, surtout quand il s'agit d'une icône mondiale de la musique telle que Michael Jackson.
- Disiz - Disiz The End
On l'aura souvent entendu celle-là « après j'arrête ! »... Une fois de plus donc, l'arrêt définitif d'une carrière annoncé. Gros Buzz, effet marketing ? Non... à en croire l'intéressé. Certes pour le coup, cela apporte un titre d'album explicite et bien trouvé qui trouve ici tout son sens. DisizTheEnd. Mr Serigne M'Baye tire sa révérence en nous balançant la dernière cartouche de son barillet. Après quatre ans d'absence tout de même. Peu de pub, une pochette sobre, c'est l'intimité que Disiz a privilégiée sur ce dernier opus. L'album, écouté d'une traite, met assez mal à l'aise tant l'artiste apparaît désabusé, nostalgique, presque résigné... L'illustration de l'album parle d'elle-même : Disiz, triste, regarde certainement la pluie tomber derrière une fenêtre. En somme, il assiste impuissant à la fin d'un règne, la fin d'une ère, celle du rap, de son rap qu'il a vu grandir en France. Car non, Disiz n'est plus le jeune loup des Rimeurs A Gages, biberonné à Rap Line, découvert par le grand public sur One Shot, celui qui avec « J'pète les plombs » avait fait tomber en rade de nombreux walkmans. Trente ans passés, il se livre, presque pour ne rien regretter. Laisser une épitaphe sur son propre tombeau de MC, saluer une dernière fois ceux qui le suivent depuis ses premières apparitions. Pourtant, il n'a jamais fait l'unanimité. Et cet album ne changera pas la donne, mais ça il le sait ! Trop gentil en apparence, trop lisse pour certains, pas assez ghetto pour d'autres, démago même, Disiz a pu souffrir de cette image, même si sa fierté ne le laissera jamais transparaître. Mais quoi que l'on en dise, Disiz ne pouvait tourner l'ultime page de sa carrière sans prendre une dernière fois le micro (en studio...).
Qu'en est-il après coup ? Une fois passé le malaise provoqué par ce que nous livre l'artiste, il laisse place à un plaisir évident. Tout d'abord, parce que l'album est impeccablement produit et que Disiz ne s'est pas perdu, offrant une couleur unie à l'ensemble, sans partir dans tous les sens et se perdre facilement. Il aurait pu ainsi inclure des sonorités africaines, des ambiances chaudes, des refrains mouvementés teintés de RnB... or, il n'en est rien ! L'intro, le début de la fin, ouvre un espace de confession un peu fourre-tout qui passe bien grâce à l'interprétation. Disiz balance ce qu'il a sur le c½ur : « une page se tourne sur le rap français, je dois avouer que ça ne finit pas comme je l'aurai pensé, continuer serait inutile, je connais la fin du film, le rap j'en ai fait le tour comme j'ai fait le tour de ma ville, un point sur ma vie, j'en ai perdu le fil (...), on a menacé mes gosses, j'ai perdu tous mes potes, tout ça parce que je suis vrai, on m'a fermé toutes les portes ! »
S'en suivent deux gros titres, produits par le frère de La Fouine, Canardo. « Bête de Bombe 4 » et « C'est ça qu'est la vérité ». Blindé d'humour, original, excellemment mis en relief par le jeune producteur, ce sont sans conteste deux morceaux incontournables de l'album. Le premier reprend une ambiance et un rythme que l'on retrouvait sur l'inspecteur Disiz (l'artiste reprend d'ailleurs le 'Brrrrrr ! J't'ai quène ah ah ah j't'ai quène !' Qui fait indéniablement son effet). Il n'en oublie pas pour autant de vider son sac : « Dans le rap y'a plus d'oseille, les gros vont mettre les voiles, si tu veux vendre des skeuds, prépare-toi à te foutre à poil ou bien faire des : (vocoder style...) Wowouwow ! C'est dur dans le ghetto... ». Disiz se permet même quelques phases marquantes comme celle-ci : « On se barre à plusieurs, moi et mon ego, le rap une touzepar, ça s'emboîte comme des légos ! ». Bref, le titre est bien patate et le clip qui l'illustre l'est également. Le morceau qui suit, « C'est ça qu'est la vérité », bénéficie du même traitement ! La prod est originale. Disiz laisse encore quelques rimes chocs même si son flow s'avère pour le coup bien moins captivant.
« Quand le peuple va se lever » permet à Disiz de s'exprimer sur ce qu'il craint. Un monde pourri. Pas une révélation en soit. Pauvreté, crise sociale et financière, religion, tout y passe. Le beat, très marche militaire ajoute un fond bien saccadé fort plaisant. En somme, un bon morceau, un peu naïf, mais sincère. Il en est de même pour « Odyssée (feat Okacha) ». Désire d'une plus grande reconnaissance pour le peuple noir, un cri du c½ur pour Disiz, quelques références historiques, un listing de personnages marquants... bref, un départ pour quiconque souhaiterait se pencher sur l'Histoire, celle qui n'apparaît pas tout le temps dans les manuels scolaires...
D'autres morceaux recèlent encore d'excellentes qualités comme « Il est déjà trop tard » ou « J'ai changé »... En revanche, « L.O.V.E », dans lequel Disiz se rappelle de ses premiers amours, de ses coups de foudre, ses techniques de drague enfantines s'avère mou et vraiment peu intéressant, même si l'on peut aisément s'identifier à lui lorsqu'il narre certaines situations... plutôt amusantes d'ailleurs, mais vraiment sans plus ! Idem pour « Papa Lova ». Mignon tout plein. Disiz quitte son costume de MC pour endosser celui de papa poule. Beaucoup de tendresse, qui lui permet aussi de se confier sur le mal-être qui a pu l'atteindre, dans des moments de doute, durant lesquels ses enfants étaient là pour lui remonter le moral et l'aider à tenir bon.
En résumé, Disiz nous quitte sur un album abouti et non bâclé. Il soigne sa sortie, même si beaucoup prendront cette décision comme un simple moyen de créer un buzz, une manière économique de se faire de la pub. Le rappeur des Épinettes donne l'impression d'être sincère. Sincèrement dégoutté du monde rapologique français. Il aura connu et été acteur de ce que les amateurs hip-hop appellent l'âge d'or.
En 2005, après les émeutes en banlieues, l'émission Tracks avait réuni sur un plateau Joey Starr, Ekoué et Disiz, afin de réaliser autour d'une table un état des lieux. La description concernant Disiz se terminait ainsi : « Disiz La Peste détonne dans le hip hop, (...) son hip hop parodique et humoristique sort du ghetto rap. (...), contre la démagogie du rap de rue, ce métis franco-sénégalais, refuse de se laisser enfermer dans les clichés des banlieues, au point, pour les puristes, de trahir la cause hip hop... ». Alors non, Disiz n'a en aucun cas trahi la cause hip hop. Il a toujours su ramener un vent frais dans ce genre musical que beaucoup tente d'enfermer. Il en faut pour tous les goûts. Le rap permet certes de véhiculer des messages forts, mais ne doit pas se limiter à cela. Beaucoup de composantes font le rap et les styles sont nombreux. Quoi que l'on en dise, Disiz aura apporté, lui aussi, sa pierre à l'édifice ! Un édifice qui selon lui chancelle à l'heure actuelle... D'accord ou pas, il aura fait valoir sa voix...
- Snowgoons - A Fist In The Thought
Nos amis d'outre-Rhin ont décidé de poser leurs pattes sur l'année 2009. Les projets sur lesquels ils travaillent vont déboucher sur du "prod by Snowgoons" à la pèle au cours des prochains mois. Les nombreux amateurs du style Snowgoons seront comblés et leur bonheur débute en ce mois de mai 2009.
Peut-on considérer cet opus comme le troisième LP des Snowgoons ? La réponse serait plutôt négative. Certes, le nom du groupe apparaît en gros sur la cover, mais si on va plus loin on se rend compte que le "featuring Savage Brothers & Lord Lhus" a une valeur plus importante que la headline. Les trois lascars sont présents sur l'intégralité du skeud, alors que les Allemands délaissent sur quatre sons les manettes de la production. Quoi qu'il en soit, troisième LP ou pas, ceci ne change pas grand-chose au moment d'écouter ce disque. Nous le disions, quatre sons ne sont pas produits par les Snowgoons. Mais en dehors du suspect Run Run produit par Scorpio61 les trois autres tracks sont d'excellente facture et permettent une lecture homogène du projet.
Le Who Are You introductif n'est pas un son très marquant. Il est surprenant que ce soit le premier son du disque qui ait été disponible à l'écoute et clippé. Pas la meilleure publicité qu'il soit. Non, vraiment, les trois tracks suivantes rendent bien plus hommage au talent des Snowgoons. L'enchaînement Get Down – Platoon Goons – Trapped On Earth (avec une grosse variation au refrain) est explosif. Voire jouissif. Des grosses basses dans la gueule, des arrachages de mic' à volonté... de la poésie quoi. Sur Platton Goons, une fois de plus, l'excellent Reef the Lost Cauze nous gratifie d'un couplet qui ne peut que nous confirmer que l'alchimie avec les Snowgoons devrait déboucher, pour notre plaisir, sur un projet commun.
Sean Price est également invité sur ce projet et est présent sur la track électrique At War. Pas du meilleur effet. Hé oui, des inégalités dans la qualité des productions demeurent. Comme souvent. Néanmoins, rien d'inaudible (Run Run à part et encore) et lors d'une écoute intégrale, certaines tracks un peu moins bonnes (South Carolina Struggle, Michael Nobody aka Poetic Death, All In Your Mind) ont le mérite de permettre une pause dans le tapage crânien ce qui, finalement, rend ce disque un peu moins indigeste que ne l'était Black Snow. Ce disque se rapprocherait un peu plus du German Lugers dans le style, tout en étant plus faible sur la qualité moyenne de la production. Difficile de parvenir à la hauteur de l'un des classiques undergrounds de la décennie...
D'autres sons rejoignent le triplet évoqué plus haut au Panthéon des bons moments. Knuckle Up, Pray Hard (de et avec le très bon Sicknature) et Hip Hop Crusaders sont de ceux-ci. Remarquons que Hip Hop Crusaders, avec ses ch½urs, rappelle le travail de Stoupe. Ceci étant, sur une idée commune de départ, le style Snowgoons (en général caractérisé par une production très chargée) se démarque sensiblement de celui du producteur de JMT. Si les Allemands se sont inspirés en partie de Stoupe, ils ne font pas la même chose même si la vibe générale avec les derniers opus JMT est comparable. Petite précision pour les amateurs des procès en plagiat dont les propos redondants se heurtent à la réalité des faits. Notons, pour conclure l'aspect production, que Eternel produit un Been Fighting Devilz qui sample une musique d'une star que le monde anglo-saxon envie à la francophonie, à savoir Natasha St Pier. En prime, la voix de la célèbre diva est pitchée ce qui est du meilleur effet. Quand la copie dépasse l'original...
Le plaisir que l'on retrouve sur ce A Fist In The Thought c'est que l'aspect compilation, qui pouvait légitimement gêner certaines personnes sur German Lugers et Black Snow, s'estompe. L'idée de travailler, en dehors de quelques featurings, avec trois rappeurs représentant South Carolina, à savoir Lord Lhus (membre avec Venom et Malikiah du groupe Bloodline), Knowledge et Qualm (dont les flows peuvent être comparés à ceux de Planetary et Crypt de Outerspace) est bien entendu l'élément-clé. Présents sur Black Snow, les lascars étaient attendus au tournant et constituaient l'interrogation du projet. Force est d'admettre que la coopération entre eux et Snowgoons est une franche réussite. Les couplets sont généralement excellemment spittés avec des moments assez impressionnants. Du déjà entendu, mais les adeptes des fumages du micro sur lits de beats fracassants mangeront, une fois encore, à leur faim.